Nous avons envoyé et/ou déposé à la Maison communale, nos remarques concernant cette demande.
Nous pensons que cette demande doit faire partie d'une étude globale sur les kayaks et autres embarcations sur l'Ourthe entre La Roche et Comblain. 2000 embarcations, c'est beaucoup...
L'étude d'incidence sur l'environnement est risible. Elle ne parle même pas des espèces communes de notre rivière.

Voici l'argumentaire

 

Réponse à l’enquête publique du 12-03-2018 au 27-03-2018 à 11 heures
« Obtention PE visant la descente de l’Ourthe entre Barvaux et Comblain avec 50 kayaks, 5
rafts et 11 paddles – The Outsider Ardennes 4170 Hamoir »
Ville de Durbuy - PE 116,2018


Avis négatif, rejet du projet.


Argumentaire :


A titre principal
1 - S'il doit y avoir étude d'incidence, elle doit porter sur le tronçon La Roche-Comblain en
entier. Sauf erreur, +/- 2000 embarcations à plusieurs rotations sur ce trajet.
Une étude d'incidence pour 66 engins de 3 trois types, à impact différents, n’est pas garant
d’un résultat scientifique, fiable, sérieux.

2 - Le demandeur mentionne un parcours courant de Barvaux à Comblain-au-Pont en
passant par Bomal et Hamoir.
Dans son document, il mentionne au point IV.3 l’utilisation de kayaks, rafts (radeaux) et
paddles (planches flottantes, uilisateur debout avec pagaie) ;

Le portail Environnement de La Wallonie précise ceci :
« Circulation des embarcations sur et dans les cours d'eau de la Région wallonne
Liste des cours d'eau sur lesquels la circulation est autorisée aujourd'hui (/) :
En date du 30 juin 1994, le Gouvernement wallon a adopté un arrêté réglementant la circulation des
embarcations et des plongeurs sur et dans les cours d'eau. Cet arrêté faisait suite à la nécessité de
prendre des dispositions en vue de protéger les cours d'eau, la faune et la flore qui y sont associés.
Cette nécessité résulte du développement important des activités récréatives liées aux cours d'eau,
lesquelles, lorsqu'elles sont confinées et pratiquées par un nombre élevé de personnes, entraînent
immanquablement une dégradation des biotopes aquatiques, de la flore, tant aquatique que rivulaire, et
un dérangement des espèces animales, lequel peut notamment compromettre leur reproduction.
L'arrêté du 30 juin 1994, modifié par l'arrêté du 20 juin 1996 et l'arrêté du 19 juillet 2001, a donc été
pris sur base de la loi du 12 juillet 1973 sur la conservation de la nature (version coordonnée officieuse
de l'arrêté du 30 juin 1994).
L'arrêté du 19 mars 2009 (http://environnement.wallonie.be/legis/eau/eacir006.htm), qui entre en
vigueur à la date du 1er juillet 2009, abroge l'arrêté du 30 juin 1994.
Il instaure notamment :
(...)
§ 2 – Circulation sur les cours d'eau
Les seules embarcations admises à circuler sur les cours d'eau sont :
celles utilisées par le gestionnaire ou ses délégués dans l'exercice de leurs missions, ou par les services de
secours et les services effectuant des missions de police ;
celles utilisées en vue de l'exercice du droit de pêche ou du droit de chasse ;
les embarcations de loisirs :
kayaks et canoës conçus pour transporter 3 personnes au maximum ;
bateaux gonflables conçus pour transporter 10 personnes au maximum ;
radeaux, à savoir les embarcations utilisées par les membres d'une organisation de jeunesse
reconnue par l'autorité compétente de tout Etat membre de l'Union européenne.
Les embarcations reprises aux points 2 et 3 ne peuvent être motorisées.
On remarque donc dans ce texte :
- que les radeaux autorisés sont ceux de membres d’une organisation de jeunesse reconnue
par l’autorité compétente de tout Etat membre de l’Union européenne, ce que ne précise pas
le demandeur expressément dans sa demande ;
- que les paddles n’y sont pas mentionnés, et qu’ils ne sont donc pas autorisés, le document
du demandeur inclus cependant ces engins dans son projet.

3 - Dans le point 4.2 « Impact potentiel sur les habitats d’intérêt communautaire », et 4.5
« Recommandations et mesures d’atténuations des impacts », le demandeur précise des
dommages potentiels : sur l’espèce « chabot » et impact sur radiers, impacts des accostages
et frottements.
Il est on ne peut plus étonnant de lire que les herbiers à renoncules « sont des embarras pour
la navigation et constituent une gêne importante pour les pêcheurs et les kayaks ».
Le demandeur est donc très clair : il s’estime dérangé dans son activité par une composante
essentielle et naturelle de la rivière mais décide tout de même de franchir ces « embarras »
malgré les risques pour cette composante qu’il décrit dans ce même point, tout en donnant
des consignes de passage précautionneux. L’écosystème doit donc se soumettre au
demandeur quoi qu’il arrive.

Si l’initiative du demandeur d’informer préalablement les utilisateurs d’engins au sujet de la
« bonne conduite » à adopter en navigation, le doute est permis quant à leur dextérité vu
leur inexpérience le plus souvent observée.
Dans ce même point, le demandeur s’engage à ne pas mettre des engins à l’eau sous un débit
de 3m3/sec. Le débit légal pour cette portion étant de 2,5m3/sec.

Sara Cristofoli, Biologiste Facultés NDP Namur - Docteur en sciences agronomique et
ingéniérie biologique ULiège, écrit dans la revue Mille Lieux N°2/2016 :
« Des débits seuils minimaux et maximaux ont été définis pour chaque cours d’eau. Le seuil
maximal reflète la limite au-delà de laquelle le kayakiste se met en danger dans des courants
trop importants.
Dans sa philosophie, le seuil minimal est quant à lui un débit en deçà duquel le kayakiste porte
atteinte au cours d’eau et à la vie qui s’y trouve. En réalité, les seuils minimaux ont été tirés vers
le bas pour maximiser les périodes d’ouverture. »

Mme Cristofoli poursuit, en considérant l’étude d’impact réalisée sur le tronçon de l’Ourthe
entre Nisramont et Maboge :
« Comme attendu, les descentes effectuées avec de faibles débits impactent de plus grandes
surfaces du lit mineur de la rivière. Pour le débit seuil de 3 m3/s autorisant la descente sur
le tronçon « Nisramont-Maboge », 40% du lit de la rivière sont impactés par les contacts
mécaniques liés au passage de l’embarcation (coup de pagaie et raclage par le kayak
confondus). La figure 2 fait clairement apparaître une nette augmentation des surfaces
impactées par le raclage du kayak lorsque le débit de la rivière passe de 6 à 4,4 m3/s. À ces
deux valeurs de débit, la proportion de surface impactée par les coups de pa- gaie se stabilise
autour des 20% alors que le raclage par le kayak fait grimper le pourcentage total de la
surface touchée à plus de 30%.

Les descentes « test » réalisées ont également montré une hiérarchie dans les faciès les plus
touchés par les contacts mécaniques. Le faciès « radier » arrive en tête (82,5% des radiers
affectés par cet impact lorsque la descente s’effectue à un débit de 4,4 m3/s), suivi des
zones de gros blocs et des zones de plat. Or, les radiers sont des zones privilégiées pour la ponte
de plusieurs espèces de poissons et de macro-invertébrés et ils jouent un rôle de «nurserie »
pour de nombreux organismes aquatiques. »

 

Dans cet ordre d‘idée, Mme Cristofoli suggère « le relèvement de la valeur-seuil du débit
autorisant la descente d’embarcations de loisir à une valeur minimale de 6 m3/s pour la
pratique du kayak ».
Bien qu’il s’agisse ici de données pour la section précitée de l’Ourthe, il serait difficilement
imaginable que les impacts décrits ne soient pas présents avec la même amplitude dans la
section Barvaux-Comblain visée par le demandeur.


4 - Toujours dans le point 4.5 et le point 4.6 du document du demandeur :
il est question de limiter les mises à l’eau sur ce secteur par des engagements individuels des
loueurs « compte-tenu de l’intérêt biologique plus élevé du parcours Palogne-Hamoir (nids de
martin-pêcheurs, herbiers) ». Concernant l’avifaune, il est curieux de constater que seul le
martin-pêcheur soit cité dans le document . Sur quels fondements peut-il alors éluder
d’autres espèces potentiellement présentes comme le Cincle Plongeur par exemple et les
dérangements des aires de pêche et de nidification de ces oiseaux ?
Le demandeur parle également de «Recommandations externes (...) susciter des travaux de
recherches spécifiques sur la biologie de la mulette épaisse et de la petite lamproie » : suciter
est une chose, concrétiser les recherches en est une autre. Le demandeur montre ici un vœu
pieux, mais ne propose pas de mesure concrète d’engagement ni d’aboutissement. De plus,
pourquoi se limiter à ces deux espèces ?
L’inventaire des populations et leur biomasse est absente, pas de trace donc de « Truites,
ombres, chevesnes, barbeaux, hotus, brochets, perches, goujons, ablettes, vairons » ou des
espèces en cours de réintroduction comme le saumon, très sensible à la qualité de l’eau.
La protection des frayères (Bomal) n’est pas abordée.
La flore et micro-flore de la rivière n’est pas abordée, serait-elle inconnue du demandeur de
même que les insectes aquatiques et aériens ? La liste s’allonge ...
Il n’y a rien sur les sanctions à prévoir en cas de non respect des règles en vigueur.


5 - Quelques impacts précis non répertoriés par le demandeur : il s’agit ici d’une synthèse
d’éléments impactants, décrits par Mme Cristofoldi :
- une remise en suspension du limon et de la couverture biologique entraînant une
augmentation de la turbidité de l’eau et un colmatage du fond de la rivière
- une augmentation de la dérive de certaines espèces de macro-invertébrés, délogées par le
kayak.
- la mise en péril de certaines populations d’espèces. La moule perlière en est un bon exemple
- un milieu instable (chocs, déplacements d’eau) avec des conditions souvent défavorables au
maintien des organismes survivants (macro-invertébrés, œufs de poissons et alevins) ainsi qu’à
la recolonisation des différents habitats
- un effet « mini-tsunami », par l’onde transversale provoquée par le passage de l’embarcation.
Lorsque l’onde arrive contre les berges, elle y provoque une montée subite du niveau de l’eau
suivie d’une descente rapide. Ce mouvement d’eau est d’autant plus marqué que le débit de la
rivière est faible. L’onde aura un effet sur la structure de la berge.
- la modification comportementale du poisson vis-à-vis du passage des embarcations
(augmentation des comportements de fuite, stress régulier, ...).
- impact probable mais non étudié : la libération dans la rivière de particules de fibres de verre
qui composent la coque des kayaks et qui pourraient nuire aux organismes aquatiques. Ces
fibres ont un fort pouvoir de pénétration dans les tissus vivants (épiderme p.ex.) et sont très
irritantes. Si l’impact des fibres de verre est méconnu, la libération de ces fibres est une réalité.
L’usure de la face inférieure des coques liées aux frottements du kayak sur le fond du cours
d’eau en est la démonstration.


6 -En citation, voici un risque décrit dans le «Rapport de Mission : le développement des
sports et loisirs d’eau vive en France, impact sur le milieu aquatique et conflits d’usages »
par Germain LEYNAUD, ingénieur Général du Génie Rural des Eaux et des Forêts - Louis
BLAISE Chargé de Mission d'Inspection Générales, membres de la MISE (Mission
d’Inspection Spécialisée de l’Environnement - France)
« l'accommodement (...) à voir sans réagir, à certaines périodes, une occupation "à
saturation" de certaines portions de rivières, qui peut conduire à un véritable accaparement
par les pratiquants d'eau vive au détriment des autres usages, alors même qu'une pluralité
des fonctions devrait être recherchée ».
A titre secondaire
On peut observer régulièrement sur le tronçon visé par le demandeur, durant l’été
principalement, des kayaks abandonnés dérivant tôt le matin au gré du courant, des familles
entières hors embarcations jouant sur le lit de la rivière comme sur une plage, ainsi que des
mises à l’eau sauvages en berges non-dédiées officiellement à l’embarquement. Une journée
d’observation de ces phénomènes par un agent administratif officiellement mandaté
confirmerait les faits. Ce constat devrait être établi avant toute recevabilité de dossier tel que
celui présenté par le demandeur.


Conclusion :
Les imprécisions et manquements importants dans le document du demandeur démontrent
une impréparation profonde du dossier, un manque de professionalisme inacceptable dès
lors qu’il s’agit d’une activité aussi impactante pour l’écosystème « rivière ».
Je rejette donc cette demande.
26 mars 2018